Médicaments coûteux : que les Etats fixent les règles! Retrouvez notre Tribune dans Marianne du 2 janvier 2015

Médicaments coûteux : que les Etats fixent les règles! Retrouvez notre Tribune dans Marianne du 2 janvier 2015

Après le Sovaldi, a qui nous avons accordé le tarif délirant de 41 000€, le prix du Harvoni est en jeu. Anti-hépatite C du laboratoire américain GILEAD, il est actuellement proposé à 48 000 euros par le laboratoire GILEAD en ATU (Autorisation temporaire d’utilisation)

Son prix doit être prochainement fixé par le CEPS.

A ce tarif exorbitant, c’est un enjeu pour les finances publiques autant qu’un enjeu de santé publique.

Si la France, l’Allemagne l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie s’associaient pour imposer un prix soutenable  et conforme aux principes historiques de fixation du prix des médicaments, on pourrait soigner rapidement tous les patients souffrant d’Hépatite C et limiter son impact destructeur sur les finances de la sécurité sociale.

N.B : A moins de 1000€ pour un traitement de douze semaines, Gilead resterait très bénéficiaire…voir ici son résultat à fin octobre 2014 : 8,6 Milliards de dollars en hausse de 350% !

Retrouvez la tribune  publiée dans Marianne ce 2 janvier 2015 cosignés d’hépatologues et professionnels du monde de la santé. fichier pdf Tribune Marianne Médicaments coûteux-que les Etats fixent les règles 2 janvier 2015

 

Et la voici dans sa version complète :

Hepatite C – Le tarif délirant du Sovaldi (41 000€ en France) menace les assurances maladies européennes, revoir le mode de fixation des prix devient impératif

 

230 000 Français sont concernés.

 

Jamais dans l’histoire de la médecine, un médicament qui guérit une maladie fréquente n’a été proposé à un tarif aussi extravagant. Le Sovaldi (Sofosbuvir) acheté (et non découvert) par le laboratoire américain GILEAD est efficace à 90% en terme de réponse virologique. Le laboratoire vient d’obtenir en France, après une âpre négociation, le prix de 41 000€ pour les 12 semaines de traitement.  Les pouvoirs publics ont négocié une baisse substantielle par rapport au prix proposé par le Laboratoire (56 000€) dans le cadre de son autorisation temporaire d’utilisation. L’Allemagne paiera 49 000€, l’Angleterre 45 000€. En Espagne où les négociations sont encore en cours, le prix suggéré est de 25 000 €.

Mais le prix reste délirant.  Et les différences de prix risquent d’alimenter un marché noir en Europe.

 

En France, selon l’INVS  (Institut National de Veille Sanitaire), 230 000 patients environ seraient contaminés par le virus de l’Hépatite C sous sa forme chronique. 136 000 environ sont diagnostiqués. 3000 patients environ décèdent chaque année d’une cirrhose ou d’un cancer du foie consécutifs à l’infection virale. Et le Sovaldi® doit être associé à une autre molécule, dans les types d’hépatite C les plus fréquentes, le Daklinza® de BMS ou l’Olysio® de Janssen qui coûtent 35 000€ par traitement.

 

A terme, la dépense potentielle pour soigner les seuls patients diagnostiqués serait donc de plus de 8 Milliards d’Euros, une somme proche du déficit 2014 de l’assurance maladie ou du  budget annuel de 15 de nos 35 CHU.

 

La France devra mobiliser assez vite 3,280 Milliards pour traiter les 80 000 personnes atteintes d’une hépatite chronique qui nécessiteraient d’être soignées immédiatement selon le collectif de 24 associations dont AIDES, Medecins du monde et SOS Hépatite.

Un prix aussi élevé déstabilise gravement notre système de solidarité nationale.

Trois molécules proposées au même prix et on multiplierait par quatre le déficit de l’assurance maladie, la mettant ainsi en danger de mort. Or une vingtaine de molécules innovantes sont attendues selon le Pr Jean-Yves Fagon, vice-président du CEPS lors d’un colloque sur le prix des médicaments organisé  le 3 novembre à Paris.

A ce coût, la Haute Autorité en Santé recommande logiquement de limiter le traitement aux patients ayant atteint les stades sévères de la maladie (cirrhose ou fibrose hépatique sévère) et un décret limite la prescription aux centres d’expertise, unités hospitalières spécialisées après réunion pluridisciplinaire, pour éviter une explosion des dépenses de l’assurance maladie en ville.  Ce « rationnement » coûterait néanmoins chaque année 1,4Md d’euros soit 5% du budget du médicament. Or « Sélectionner les patients et attendre l’aggravation de leur pathologie, c’est discutable » disait l’ancien directeur de la Sécurité Sociale au mois de juillet.

En Europe, le nombre  de malades est estimée entre 7,3 et 8,8 millions de personnes soit une dépense potentielle de 300 Md d’euros au prix pratiqué en France.

Dans le monde,  130 à 150 Millions de personnes sont concernées, et il y a 350 000 à 500 000 morts par an…selon l’OMS.

Malgré le formidable enjeu de santé publique mondial, le laboratoire se comporte de façon purement spéculative. Il n’a pas découvert cette molécule qu’il a rachetée à Pharmasset, l’ancien propriétaire, une start-up,  pour 11 Md de dollars. Les seules recettes potentielles aux Etats-Unis lui permettraient de rentabiliser son investissement. Le résultat net de Gilead est passé de 2,3 à 8,6Md de dollars à fin septembre 2014 par rapport à l’année précédente comme l’indique son site internet.

En acceptant de payer si cher ce médicament l’Allemagne, l’Angleterre, la France cautionnent le prix de tels rachats industriels et incitent les industriels à faire monter les enchères aux prochaines occasions.  Par ailleurs, le prix fixé est sans mesure avec le coût de production  (70 à 200€ par traitement selon les sources) et le laboratoire  laisse penser aux autorités publiques qu’elles ont bien négocié en obtenant une baisse de 20 à 30% du tarif initial proposé.

En outre, Gilead envisage de récidiver en proposant la version 2 du traitement, une combinaison Sovaldi/Ledispavir, avec un traitement de 8 semaines au lieu de 12 à 94500 dollars aux Etats-Unis (la FDA a donné son feu vert le 10 octobre dernier) et à 48 000€ en France qui vient d’accepter l’autorisation temporaire d’utilisation.

Dans le domaine de la Santé, les prix ne peuvent pas être établis par le marché, car chacun est prêt à utiliser toutes ses économies, à vendre tous ses biens et ceux de sa famille, voire à s’endetter pour échapper à la mort.

15 ministres européens de la santé ont certes signé une déclaration commune le 20 juin à l’initiative de la France indiquant que « les prix sont extrêmement  élevés et insoutenables pour les budgets de santé ». Mais chacun continue à négocier dans son coin. En France, un mécanisme de régulation complémentaire est envisagé : le reversement d’une taxe à la sécurité sociale si la dépense des différents traitements contre l’Hépatite C dépassait 700M€ en 2015 (450M€ en 2014). Cela équivaut à un tarif dégressif mais remet en cause la logique historique de fixation des prix des médicaments en fonction des besoins et non pas du business plan de l’industriel, et incite d’autres laboratoires à jouer ainsi au poker avec l’assurance maladie.

Il est temps de passer de la déclaration à l’action commune tant le précédent que crée ce médicament met en danger nos systèmes de solidarité nationale.

Il nous faut revoir le mode de fixation des prix des médicaments au niveau européen.

La puissance publique doit jouer pleinement son rôle pour permettre de soigner tous les malades mais aussi préserver les Français et les Européens qui financeront cette spéculation par leurs cotisations ou leurs impôts. Les gouvernements européens devraient imposer un prix qui garantisse le traitement de tous et qui préserve les finances publiques.

On ne devrait pas négocier le prix d’un médicament, on devrait le fixer en fonction des besoins des malades, de la réalité du coût de la recherche et de la production, et d’une juste rémunération de l’innovation, un pourcentage modéré du coût de la recherche et de la production déterminé par les pouvoirs publics. En l’espèce, la recherche publique sur l’hépatite C (menée par l’ANRS en France) a grandement contribué à cette découverte, et le profit est capté par un industriel.

 

L’agence européenne du médicament pourrait déterminer un juste prix de façon indépendante à l’aide d’outils objectifs de modélisation médico-économiques selon les principes évoqués ci-dessus.

A partir de cette estimation, deux pistes de travail sont envisageables :

1. Les Etats qui le souhaitent s’engagent ensemble pour fixer le prix commun selon cette estimation, et l’imposer au laboratoire. La possibilité d’autoriser la production d’un générique, comme le prévoit l’OMC(déclaration de Marrakech 15/04/1994, annexe C article 27), et comme le réclame les associations doit rester possible en fonction de l’enjeu financier et de santé publique que l’innovation représente si le laboratoire refuse de commercialiser le médicament en Europe. Cette mesure prévue habituellement pour les pays en voie de développement doit s’appliquer en Europe dans de telles situations car notre système est mis en danger dans cette affaire.

2. Ceux qui ne le souhaitent pas continuent à fonctionner dans une négociation bilatérale avec l’industriel.

La puissance publique doit retrouver son rôle de régulateur si l’on souhaite préserver en Europe nos systèmes de protection sociale solidaires. Sa crédibilité est en cause comme notre capacité collective à soigner de nouvelles épidémies meurtrières.

Signataires

Thomas Lauret, Conseiller de Paris et du 16e

Dr Anne Gervais, Hépatologue, Hôpitaux universitaires Paris Nord Val de Seine,  Vice-présidente de la CME de l’AP-HP Paris

Pr Thomas Papo, chef de service de médecine interne, Hôpitaux universitaires Paris Nord Val de Seine (AP-HP)

Pr Franck Carbonnel, chef de service d’Hépato-gastro-entérologie, Hôpitaux universitaire Paris Sud (AP-HP), Kremlin Bicêtre

Pr Andrew Hill, Pharmacologue, Liverpool

Dr Sophie Hillaire, Hépato-Gastro-entérologue, Hôpital Foch, Surennes

Dr Nathalie de Castro, Infectiologue, Hôpital Saint Louis, Paris

Dr Clément Lazarus, Santé publique,  Hôtel Dieu, Paris

Dr Bertrand Mas, médecin anesthésiste-réanimateur pédiatrique, AP-HM, Marseille

Dr Philippe Sopena, Médecin généraliste, Paris

Dr Jean-Pierre Martin, consultant à Médecins du monde, ancien chef de service de psychiatrie, Paris

Dr Christian Lasvigne, Médecin généraliste de campagne retraité, Arcis-sur-Aube

Dr Pierre Ménard, Conseiller municipal, Chaponost (69)

Alain Le Garrec, ancien conseiller de Paris

Dr Bernard Elghozi, médecin, Président de Créteil Solidarité, Créteil

Alain Froment, société civile

Jacques Deyra, cadre de santé, coordonateur du dépistage du cancer colorectal, Paris

Olivier Querouil, ex conseiller santé à la DIRMI, DGAS

Raymond Mari, société civile

Francis Duran-Franzini, société civile

Brigitte Bernard, psychothérapeute psycho-oncologue, Paris IV.

Pr Yves Panis, chef de service de chirurgie colorectale, Hôpitaux universitaires Paris Nord Val de Seine (AP-HP)

Pr Julien Taïeb, chef de service d’hépato-gastro-entérologie et oncologie digestive aux Hôpitaux universitaires Paris Ouest (AP-HP)
Dr Denis Constantini, Gastro-entérologue et hépatologue à Corbeil Essone

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Auteur :Thomas LAURET

Originaire du Sud de la France (Montpellier et Nîmes), Thomas LAURET, 43 ans, choisit la gestion d'un service public essentiel à notre santé en devenant Directeur d'hôpital après ses études à Sciences Po. Il prolonge son engagement dans la chose publique en soutenant les valeurs progressistes de la gauche sociale et démocrate dans un arrondissement particulièrement acquis à la droite, le 16e arrondissement de Paris. Il est élu conseiller d'arrondissement aux élections municipales de 2008 dans le 16e sur la liste conduite par Jean-Yves MANO, l'adjoint de B Delanoë au logement. Il est élu secrétaire de la section PS du 16e en 2012. Investi tête de liste par les militants pour les municipales 2014, il est élu Conseiller de Paris et du 16e en mars 2014. A ce titre, il préside l'association parisienne de dépistage des cancers (ADECA75)

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